La chasse aux Chômeurs

 

 

 

Un seul chiffre pour la région liégeoise: 1 emploi disponible pour 40 chômeurs.

Un deuxième chiffre: seul 10% des exclus du chômage se retrouvent au CPAS dans l'année qui suit leur exclusion.

Que deviennent les autres?

La chasse aux chômeurs est profondément anti-sociale, discriminatoire et contre-productive!!!

Alors que des milliers d'emplois sont perdus (Arelor, Dexia, etc), que des milliards d'€ ont été quasiment donnés aux entreprises pour, soi-disant, créer de l'emploi, et que les emplois dominants sont des emplois précaires dont le revenu dépasse à peine celui du chômage et ne permet pas de se projeter dans l'avenir, ne fut-ce que pour envisager une "carrière".

Et les dures mesures d'austérité qui nous pendent au nez dans la foulée de la crise de la dette et de l'euro ne vont pas arranger le choses.

Enfin, les milliards de bénéfices engrangés par les banques et les grandes entreprises ces dernières années sont la meilleures source pour refinaner les services publics et permettre à chaun de vivre décemment.

Il est impératif de stopper la chasse aux chômeurs et de prendre l'argent là où il est!

La chasse aux chômeurs reste plus que jamais

un sport national.



Cela ne date pas d’hier. A chaque crise économique, il s’est toujours trouvé des censeurs pour incendier les chômeurs « qui fraudent, qui sont des profiteurs » ou qui sont carrément « des fainéants ». Les accusations contre les chômeurs ont toujours abondé. Toutes utilisent la même ruse : focaliser le raisonnement sur le chômeur (bouc émissaire), faire oublier que le chômage est un phénomène économique et rendre le chômeur suspect aux yeux de l’opinion, pour absoudre les responsables de l’apparition et du développement du chômage.

Comme s’il était difficile de comprendre que s’il y a du chômage, c’est avant tout parce qu’il n’y a pas de travail. S’il y a du chômage, c’est que le patronat a supprimé des emplois et en a délocalisé d’autres. S’il y a du chômage massif aujourd’hui, c’est que les décideurs ne créent pas de véritable économie mais préfèrent faire travailler leur argent en bourse plutôt que leur voisin sans emploi. Le chômage n’est pas un phénomène climatique. Il entretient des rapports étroits avec les décisions prises par les entreprises.

Le Soir, malheureusement, ne s’est pas hissé au-dessus de la mêlée et, sous prétexte de lever des tabous, répète ce qui se raconte depuis des dizaines d’années au café du commerce, privilégiant le sensationnel sans trop recouper ses informations, sans analyser ce qui se trouve derrière les chiffres et les témoignages.

Oser aborder un tabou, c’est donner la parole à tous les acteurs concernés.

Nous ne prétendons pas qu’il n’existe pas de  fraude. Les syndicats l’ont d’ailleurs toujours condamnée et non « encouragée » comme le suggère cette enquête.  Les syndicats côtoient et réunissent tous les jours les chômeurs. Ils les forment, notamment à connaître leurs droits et leurs devoirs. Force est de constater que le dossier du Soir ne leur donne pas la parole et ignore leur diagnostic. Le Soir réduit ainsi les 700.000 chômeurs (chiffres cités dans le dossier « tabou ») à une caste de profiteurs privilégiés, sur base des déclarations anonymes de quelques contrôleurs frustrés.

Le Soir raconte n’importe quoi

« Les fraudes sont passées à 68 millions d’euros en trois ans » « Plus de 40% d’abus constatés en trois ans »

Le dossier tabou du Soir démontre par l’absurde que le chômeur est de plus en plus contrôlé.

En 2000, il y avait 34.284 sanctions à l’encontre des chômeurs, il y en a eu 108.156 en 2010. Le chômeur est un des citoyens  de Belgique le plus contrôlé. Croisements des données, contrôles de la disponibilité, zèle de la police communale, justification des suites données à  une offre d’emploi sous peine de sanctions, triple évaluation sur la recherche active d’emploi pour ouvrir le droit aux allocations d’insertion (mesure du gouvernement papillon), obligation d’implication dans les cellules reconversion, audition du demandeur d’emploi qui a quitté son emploi avant d’ouvrir son droit aux allocations,…

« 2.500 euros de chômage par mois et par ménage »

Une allocation de chômage permet de « vivre » normalement, en moyenne, deux jours sur trois. Les mesures de dégressivité accrue adoptées par le gouvernement vont aggraver la situation.

Une allocation d’isolé avec la dégressivité accrue arrive à un montant de 916,24 euros par mois. Il faut chaque mois payer un loyer d’environ  450 euros, des factures d’énergie de 100 euros, 280 euros pour s’alimenter. Il reste à un isolé 86.24 pour voir son médecin et son pharmacien en cas de besoin, s’habiller, se chausser, se déplacer, payer ses assurances et ses frais bancaires, chercher un emploi activement, prévoir ses frais de communications et de transports,… et faire une croix sur les loisirs, la culture, les vacances, le resto, une vie sociale...  Ne serait-il pas enrichissant de tenter cette expérience pendant quelques mois pour alimenter une recherche journalistique ?

Les allocations forfaitisées qui concernent les isolés, cohabitants et chefs de ménage sont entre 11 et 30% en dessous du seuil de pauvreté.

« Grâce au regroupement familial, il leur est facile de bénéficier d’une allocation de chômage »

On se doit se réjouir dans les pavillons de l’extrême-droite…
Pour avoir droit au chômage en Belgique, il faut être domicilié et avoir travaillé en Belgique… Dans certains cas, le travail salarié exercé dans un autre pays peut compter pour calculer le nombre de jours de stage, qui est au minimum d’un an. Et cela varie avec l’âge du travailleur licencié.
Un étranger n’a pas le droit de partir dans son pays d’origine et d’y profiter de l’indemnité de chômage. Il faut être domicilié en Belgique ; dans le formulaire C1, le chômeur doit indiquer la durée de validité de sa carte d’identité s’il est étranger…. Pour avoir droit à une carte d’identité, il faut être domicilié en Belgique, pour être domicilié, il faut un logement… donc payer un loyer.
Précisons que les étrangers hors Union Européenne représentent 3.8 % de la population en chômage.

Recherche active d’un emploi, les belges champions d’Europe.

Quand un journal sérieux va-t-il  lever le véritable tabou de l’emploi, qui est, lui, indisponible (contrairement aux chômeurs) ? Car le vrai débat,  c’est bien la création d’emploi.

L’enquête d’Eurostat (document Eurostat statistics focus 56/2011)  montre que les chômeurs belges sont les champions d’Europe de la recherche active d’emploi. Cette étude menée dans les 27 pays de l’union européenne, classe la Belgique comme le pays affichant le plus important taux de personnes qui, dans les faits, cherchent effectivement un travail  lorsque qu’elles sont disponibles sur le marché de l’emploi. Eurostat brisait un cliché.

Malheureusement, l’emploi se fait rare malgré le discours sur les pénuries de main d’oeuvre.

Le rapport du troisième trimestre 2011 de l’Onem  mentionnait pour la Wallonie, 6138 offres d’emploi  par mois pour 194.432 demandeurs d’emploi. 1 Offre d’emplois pour  32 demandeurs d’emploi. A Bruxelles les chiffres sont de  3000 offres d’emploi pour 108.000 demandeurs d’emploi. 1 offre d’emploi pour  36 demandeurs d’emploi.

Dans une évaluation de la 1ère phase de l’accompagnement individualisé, les conseillers du Forem signalaient d’ailleurs comme difficulté majeure l’accompagnement des demandeurs d’emploi dans un contexte où les perspectives sont beaucoup trop faibles par rapport au nombre de demandeurs d’emploi activés.

On ne résout pas le problème de l’exclusion sans tenir compte des exclus du débat; on ne résoudra pas le problème du chômage en excluant les chômeurs du débat.

Quand une entreprise traverse des difficultés, on consulte parfois les travailleurs pour les résoudre. Mais lorsqu’il s’agit des chômeurs, personne, même pas Le Soir, ne songe à leur demander un avis. C’est pourtant une condition sine qua non à la résorption du chômage.

Consulter les chômeurs, c’est ce que la CSC essaie de faire, parce qu’elle a toujours été un syndicat de propositions (c’est ce qui nous a permis de devenir le plus grand syndicat de ce pays). Nos propositions, nous les élaborons toujours avec les personnes concernées. Nous travaillons avec les affiliés qui vivent la réalité du chômage au quotidien. Ainsi, les Travailleurs Sans Emploi planchent depuis des mois au sein de la CSC sur 20 propositions concrètes pour augmenter la qualité et la quantité d’emplois convenables :

- Une définition de l’emploi convenable couplée avec une responsabilisation pour le travailleur, l’employeur, les pouvoirs publics.
- Un accompagnement convenable et une prise en compte de l’environnement social et familial
- Une place de l’emploi incomplet dans l’indemnisation du chômage, inspirée de l’assurance maladie.
- Faire de l’emploi convenable un indicateur de bien-être national
- Augmenter le volume de l’offre par la création d’emplois de proximité, la liaison des aides à la création d’emplois convenables, la réduction du temps de travail.

Ces propositions sont les meilleures car les vrais experts en matière de chômage sont celles et ceux qui vivent cette situation au quotidien. Mais ce que pensent les chômeurs des solutions à la crise est de loin un des tabous les plus verrouillés de la vie sociale et économique belge. Le soir osera-t-il le lever ? Chiche ?

Pedro Rodriguez
Responsable national des Travailleurs Sans Emploi de la CSC